Kisangani asbl

Le fleuve Congo, René Ngongo et la forêt

30 novembre 2009

[Nederlands] [français]

“Erik, tu dois voir le documentaire ‘Congo River’ de Thierry Michel". "Cela vaut vraiment la peine". Il convient d’obéir à cet ordre de Manja, l’épouse de Hugo. Un peu plus tard Wilfried, encore un mordu du "Congo" arrivait chez nous avec sa Kaatje. La raison de leur visite était le ‘Congo River’. "Le film tourne à Gand et tu dois le voir". Mon épouse et ma fille allaient voir le film, l’enthousiasme de Wilfried m’obligeait de prendre le train vers Gand avec eux.

En effet il faut voir ce film. Les images d’il y a 32 ans me revenaient. Nous naviguions alors de Kinshasa vers Bumba. Un voyage à ne jamais oublier. Ce fleuve majestueux à coté duquel l’Escaut ou la Meuse ne sont que des ruisseaux. Une cité flottante pleine de gens. Pouvoir vivre cela nous est resté dans la mémoire. Mais ce que nous voyons maintenant dans le film nous donnait la chair de poule. Un bateau poussait 4 barges plates où des centaines de personnes, des chèvres, des porcs, des poules et des bagages sont entassés. Il y avait beaucoup moins de place pour bouger qu’alors. Mais les femmes Lokele parvenaient quand même à marchander avec les habitants locaux dans leurs pirogues. On nous montrait également des images qui témoignent des atrocités que les gens ont vécus durant l’occupation de différentes milices. Nous voyions bloqué sur un banc de sable, un remorqueur chargé de grosses grumes, coupés dans la forêt d’Isangi. Le capitaine décidait d’aider et essayait de l’arracher du sable, mais n’y réussissait pas. C’est seulement trois mois après lors des crues, que le bateau a pu se dégager. Que dirait notre ami René Ngongo de tout cela ? Que ce n’était qu’un petit problème pour cette compagnie (cela nous le savons entre-temps) qui coupe ces géants dans la forêt ! C’était sûrement un grand problème pour le propriétaire du bateau. Mais cette déforestation de la forêt pose un immense problème pour le Congo et l’Afrique. C’est ce que dirait René Ngongo.

Dans le documentaire les images ne se focalisent pas uniquement sur le fleuve, mais on dévie de plusieurs centaines de kilomètres vers les palais du feu Président Mobutu. Splendeurs passées !

Pourquoi ne pourrais-je pas dévier non plus de ce documentaire pour me diriger vers René, l’homme qui n’est pas passé, mais qui au contraire mérite d’être honoré. Qui est-il ? J’ai eu la chance de le rencontrer à Goma, Kisangani et en Belgique. Ce biologiste, ancien étudiant de Hugo, a volé mon cœur. Il fait bouger les choses sans en avoir l’air. Sans se presser il arrive partout à temps. Parfois on croirait qu’il est à la fois à deux endroits différents. Je sursautais lorsqu’un ami congolais me racontait sans sourciller que René le téléphonait de Kinshasa pendant qu’il donnait cours à Kisangani. René ne lève jamais la voix. La communication est son fort, toujours deux mobiles en poche (pour le cas où il devrait être à deux endroits différents). A coté de son épouse et ses enfants, plusieurs autres membres de la famille vivent, qui mangent et boivent avec lui. Chacun a une tâche à remplir. Chez lui, à Kisangani (maintenant il vit à Kinshasa) il faisait réparer un vieux véhicule pour l’employer comme taxi. Son jardin était plein de légumes et il y avait une porcherie. Cet homme est aimable, profondément religieux, tolérant, social et conscient des problèmes de l’environnement. Ici, je voudrais m’attarder sur ce sujet. René Ngongo Mateso, licencié en biologie est le coordinateur de O.C.E.A.N. (Organisation Concertée des Écologistes et Amis de la Nature), une organisation d’écologistes et amis de la nature parmi lesquels beaucoup d’étudiants de l’université de Kisangani et d’ailleurs. Il est venu demander l’attention de plusieurs pays européens pour le désastre écologique que suscite la guerre dans son pays. Des pays limitrophes appuient des groupes armés rebelles à l’Est du Congo uniquement pour avoir le contrôle sur les richesses naturelles. René a visité la région orientale de l’Ituri avec les soldats de la MONUC. Là où il y avait la forêt, il y a quelques années, il découvrait un désert rocheux. Les grands arbres étaient vendus en Uganda aux marchands asiatiques. Mais dans le reste du Congo des grandes compagnies coupent la forêt de façon inéquitable. René Ngongo a l’autorité, le savoir et le courage pour s’attaquer à cela. Les grumes sur la barge que nous avons vue dans le documentaire ‘Congo River’ étaient coupées dans la région d’Isangi, à 120 km en aval de Kisangani. La compagnie a eu une concession pour exploiter 235.000 ha de forêt. Mais ceci est en contradiction avec le moratoire pour les nouvelles concessions, décrété le 14 mai 2002. Ce moratoire est réalisé sur la proposition de la Banque Mondiale, grâce aux efforts entre autres de René Ngongo. Les chefs des communautés locales ont signé le protocole le 15.09.04. Mais la compagnie n’a pas voulu signer. René ne se tait pas et a une longue liste de plaintes.

Grâce au lobbying de René et sous la pression de la Banque Mondiale, le président Joseph Kabila a signé un décret qui prolonge le moratoire de 2002. Les concessions qui ne respectent pas les lois sont rejetées ; il y a de l’espoir. Grâce à René. La situation au Congo peut se renverser si nous continuons à croire au dévouement de personnes comme lui. Ceci constitue un exemple à suivre !

Mais retournons au “Congo River”. Je me suis plu à voir les images magnifiques. Aussi étais-je touché à voir la douleur qu’a apporté la guerre et la maladie. Ce qui m’est resté à la mémoire est la béatitude du capitaine qui vient d’entendre qu’un fils, le troisième, était né. Il rayonnait comme le soleil tropical et rendait hommage à sa femme. La confirmation qu’il avait transmis la vie de père en fils l’emportait sur la misère de son peuple. Spontanément on se mettait à fêter et danser. Les femmes sur le bateau louaient sa force masculine en se balançant et en chantant. Et moi, je loue le dévouement des gens à Kisangani et le vôtre, chers lecteurs qui sont solidaires avec eux.

Si Erik aurait pu vivre ce qui suit ? Il l’a pratiquement prévu :

René Ngongo reçoit le "The Right Livelihood Award 2009" pour sa contribution à la conservation de la forêt congolaise. Ce prix Suédois, mieux connu comme le ’prix Nobel alternatif’, veut aider ceux qui cherchent une solution aux défis les plus urgents devant lequel le monde est placé aujourd’hui. Ce prix est décerné dans le parlement Suédois. http://www.rightlivelihood.org/

"Congo River" est paru en DVD.