Kisangani asbl

La situation à l’Est du Congo (2004)

août 2004

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"Boyoma" n’est pas un journal politique. Pourtant plusieurs lecteurs me demandent ce que pensent les Congolais de la situation politique. Qu’avons-nous (mon épouse Magda y était aussi) perçu à ce propos ?

Donner un jugement sur une population d’un pays (80 fois la Belgique) n’est pas évident et plutôt irréalisable. En ce qui concerne l’Est du Congo, nous osons affirmer que la majorité des gens n’est pas partisan d’une occupation et se sent victime d’une guerre qu’elle n’a jamais voulue.

Il est bon de savoir dans quelle atmosphère le développement rural se poursuit à Kisangani.

Pendant la première semaine nous avons séjourné dans la province du Kivu chez un ancien étudiant de Hugo Gevaerts. C’est un Congolais de Bukavu qui, contre tout espoir, essaye de gérer ses plantations de quinquina afin de ravitailler sa firme de produits pharmaceutiques, qui produit la quinine contre la malaria. Étant admirateur de Hugo et de son projet à Kisangani, lui et sa femme nous ont accueillis, comme si nous étions leurs enfants ou parents.

Ses amis au Kivu étaient aussi très hospitaliers. C’est ainsi que nous étions à Butembo et à Beni où nous avions pu tâter l’atmosphère. La région est habitée par les Banande, une population connue pour son commerce et son esprit d’entreprise. Dans la région on trouve de l’or et c’est là une source de guerre.

Il y avait eu un accord de paix et les gens en parlaient. C’est ainsi que nous avons appris beaucoup. On ne cachait pas sa sympathie pour les "Mai Mai" (un des groupements armés de rebelles dans l’Est du Congo).

On me racontait que les "Mai Mai" avaient chassé les soldats étrangers (du Rwanda et de l’Uganda). Heureusement, car les occupants étaient presque parvenus à monter les Banande de Butembo contre ceux de Beni. C’est ce que l’on me racontait.

A Butembo nous avons rencontré un père brésilien très sympathique qui, auparavant avait approuvé et appliqué à Kisangani la méthode de développement d’Hugo. Il habitait à 40 minutes de Butembo en haut d’une montagne. Lorsque nous lui posions la question de savoir si ce n’était pas trop dangereux, aussi loin de la ville, il riait. "Les soldats étrangers ne sont jamais arrivés jusqu’ici. Ils n’osent pas, nous sommes protégés par les Mai Mai."

Quelques jours plus tard, nous étions à Kisangani, où nous sommes restés pendant trois semaines. Là nous avons rencontré le père Léon, collègue du brésilien de Butembo, aussi très sympathique. C’est un Bruxellois âgé qui ne pouvait plus rejoindre sa mission (à plus de 100 km en brousse) à Opienge. Les mots "Mai Mai" lui donnaient des visions diaboliques. Cette bande de tueurs, voleurs et incendiaires avaient pris Opienge. Grâce à la population il avait pu s’échapper. Cela lui faisait penser à la rébellion de 1964 où les "Mai Mai" avaient étés aussi cruels.

Léon survit toujours, je crois qu’il atteindra les 100 ans.

A Kisangani je n’ai pas entendu une seule critique au sujet des "Mai Mai".

Lors de l’accord de paix, un nouveau général de l’armée y fut installé. Ce fut un "Mai Mai". Pas une critique parmi la population. Il avait ordonné à l’armée de lever les barrières, de sorte que les gens pouvaient circuler sans problèmes vers la ville. Les soldats ne pouvaient plus ennuyer ni voler la population.

C’était trop beau pour être vrai. Un soir, pendant notre séjour nous avons entendu une explosion.

Un attentat contre le général ? Il était indemne. Il régnait une atmosphère anxieuse. Est-ce que la violence allait recommencer ?

Le jour suivant, nous avons entendu à la radio que l’enquête avait démontré qu’il s’agissait d’un accident militaire banal. Le congolais, ami d’Hugo, chez qui nous étions invités la veille, nous tranquillisa en disant que le service de déminage avait été mis en œuvre.

Il y a quelques semaines l’Est du Congo était de nouveau agité. Depuis lors le calme est revenu. La vie continue.

Grâce à votre soutien, le dévouement des professeurs, des assistants et des collaborateurs pour un développement durable s’amplifie. Cela aussi apporte une bonne ambiance.

Pour cela : Merci